“Ben Kass, l'électron libre du piano
Jeune pianiste-compositeur, Ben Kass mène sa carrière en suivant des chemins de traverse. Son dernier récital de piano à quatre mains, en complicité avec Alan Weiss, paraît en DVD/CD. Jubilatoire.
On sait combien il est difficile aux vocations musicales de sortir du lot. Des années d'études et du talent ne suffisent pas à se faire un nom. Beaucoup de jeunes pianistes choisissent dès lors la filière des concours internationaux, organisés pour servir au mieux de tremplin à ceux qui arrivent en tête. Cette voie ne convient pas à toutes les natures, quant à l'art. « Affirmer que les concours découlent d'un phénomène purement musical tient de l'absurde, souligne le critique Olivier Rajotte, les objectifs de ces épreuves où plusieurs adversaires recherchent simultanément le même résultat les éloignent de l'événement de nature artistique. Le concours n'est pas un concert. »
Clavier bien partagé
Ben Kass, interprète-compositeur sensible et intelligent, doté d'un tempérament exigeant la perfection, a opté pour une approche « douce », toute au service de la musique qu'il veut partager. Il y a été aidé par Dominique Van Neste, sa « marraine musicale belge » et par Alan Weiss, le mentor avec lequel il ressent le plus de connivences.
L'enregistrement des DVD/CD « Storms of Life » s'est fait lors d'une soirée « Concert des Quatre Colonnes » chez Dominique. Par ce récital à quatre mains, où Debussy et Brahms succèdent à Schubert et à la magistrale paraphrase signée Ben Kass d'un nocturne de Chopin, les pianistes nous entraînent dans l'émotion palpable d'un voyage musical au cour de la vie. Un très beau moment, aux accents ludiques et tragiques, amplifié par l'entente et la complémentarité des interprètes.
Sans cesse sur le métier.
Pour arriver à ce degré de maîtrise musicale et de maturité, Ben Kass a beaucoup travaillé. La technique dans les doigts, il lui fallait trouver les réponses au sens de la vie, se remettre en question, apprivoiser sa sensibilité pour lui permettre de s'exprimer sans emphase ni trahison.
Traverser les « orages de la vie » en gardant son âme, voilà le défi de tout artiste vrai. Chez Ben cela se traduit également par la composition. En jouant Mozart sur des cadences personnelles, en revisitant Chopin, Schumann, Fauré, en écrivant des partitions classiques pour trios, clarinette, violon et piano, mais aussi en composant des musiques de films, son autre grande passion. Car si, pour citer Rajotte, « les concerts ont une véritable portée artistique et universelle, où l'échange et le partage dominent », Ben cultive aussi d'autres centres d'intérêt musicaux, en jeune homme de son temps, ouvert au monde, loin des engoncements et du collet-monté.
Allegro vivace
Né en Israël en 1977, Ben Kass entreprend ses études de piano à onze ans. Une vocation née quelques années plus tôt, en regardant un concert à la télévision, comme quoi les chemins du destin passent parfois par le petit écran ! A seize ans, il obtient une bourse pour entrer à la fameuse Julliard School of Music à New York. Ce premier diplôme en poche, il quitte New York et débarque au Conservatoire de Bruxelles où il va rester trois années, pour suivre ensuite les cours d'Alan Weiss au conservatoire d'Utrecht et au Lemmens Institute(Leuven). Outre les masters et grandes distinctions, il récolte des prix, se produit en concerts et festivals avec des artistes de renommée internationale et enregistre Brahms, Scriabin, Fauré, Grieg ainsi que ses ouvres personnelles. Belge d'adoption, il réside actuellement à Anvers.”